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Tout savoir sur le gaspillage alimentaire

Par Amirah Le mercredi 2 juin 2021

gaspillage alimentaire

Lorsqu’on entend parler d’alimentation durable, on oublie bien souvent la problématique du gaspillage de nourriture. Le ministère de l'Agriculture donne pourtant une définition du gaspillage alimentaire qui est très précise : il s’agit des aliments qui sont perdus, jetés ou dégradés tout au long de la chaîne d’approvisionnement alors qu’ils sont destinés à la consommation humaine. 

Combien gaspillons-nous de denrées comestibles en France et dans le monde ? Comment expliquer un tel gâchis de nourriture ? Enfin et surtout, comment lutter contre le gaspillage alimentaire ? Nous allons voir qu’il existe des lois, mais aussi des astuces concrètes et de nombreuses solutions anti-gaspi.

Le gaspillage alimentaire en France et dans le monde

Gaspillage alimentaire : les chiffres dans le monde

Chaque année, l’Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que l’on gaspille 1,3 milliard de tonnes de nourriture à travers le monde. Concrètement, cela signifie qu’1 aliment sur 3 n’est pas consommé alors qu’on utilise de nombreuses ressources naturelles pour les produire, les transformer, les conserver, les transporter et les commercialiser sur le marché national ou international.

Les pays d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Océanie font partie de ceux qui gaspillent le plus de denrées destinées à la consommation humaine. Récemment, l’Asie industrialisée (et plus particulièrement la Chine) a rejoint ce trio de tête, confirmant le fait qu’un accès facile à la nourriture favorise le gâchis alimentaire.

Si les pertes alimentaires se font en amont de la filière agroalimentaire dans les pays en voie de développement, les pays industrialisés se retrouvent donc plutôt dans une logique de surconsommation alimentaire. Cette consommation excessive de produits alimentaires est tout aussi néfaste pour l’écologie que pour la santé humaine.

Gaspillage alimentaire : les chiffres en France

Selon l’Agence de la transition écologique (ADEME), on gaspille chaque année 10 millions de tonnes d’aliments en France. Cela représente 8% du gaspillage alimentaire à l’échelle de la planète. La perte financière associée à ce gaspillage alimentaire en France est estimée à 16 milliards d’euros, soit 238 € par habitant.

Pour expliquer un tel gâchis de denrées, l’ADEME a calculé la répartition des pertes et du gaspillage tout au long de la chaîne alimentaire :

  • 32 % au niveau de la production ;
  • 21 % lors du processus de transformation ;
  • 14 % pendant la distribution ;
  • 14% par les établissements publics et privés de restauration ;
  • 19% au niveau domestique.

En moyenne, chaque Français jette ainsi à la poubelle près de 30 kg de déchets alimentaires, dont 7 kg de produits encore emballés. 

Gaspillage alimentaire : pourquoi c'est un problème ?

Le gâchis de nourriture engendre des pertes pour le fournisseur mais aussi pour les consommateurs. Mais au-delà de l’aspect financier, le gaspillage alimentaire a également un coût environnemental et social.

Si l’on en croit les estimations de la FAO, un quart du gâchis alimentaire mondial suffirait à résoudre la malnutrition et la famine. Or, ce sont près de 690 millions de personnes qui souffrent d’une insécurité alimentaire sur la planète. Produire de la nourriture qui sera jetée constitue donc un problème moral et sociétal.

De même, des ressources sont utilisées à tort pour produire ces denrées gaspillées. Ainsi, chaque année, 28% des terres agricoles et 250 km³ d’eau sont utilisés sans raison, afin de produire de la nourriture qui sera finalement gâchée. En plus d’être énergivore, la production de denrées alimentaires participe à la destruction des écosystèmes et à la pollution des sols et des cours d’eau (déforestation, destruction des habitats naturels de certaines espèces animales, utilisation de pesticides, etc.).

Les données de la FAO sont sans appel concernant l’émission de gaz à effet de serre : les pertes de nourriture émettent chaque année 1,5 gigatonne d'équivalent en dioxyde de carbone. Si l’on considérait le gaspillage alimentaire comme un pays, ce serait le 3e plus grand pollueur sur Terre !

gaspillage alimentaire

Quelles sont les causes du gaspillage alimentaire ?

Pourquoi gaspillons-nous de la nourriture ? La question peut paraître simple mais il existe des causes multiples et très variées. En réalité, le gaspillage de nourriture se produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement, de la production à la consommation des produits alimentaires par les ménages. Tous les acteurs de la chaîne alimentaire sont donc concernés : les fabricants, les transporteurs, les distributeurs ou encore les ménages.

Gaspillage alimentaire chez les industriels

Univers très compétitif avec des échecs de lancement

Le paysage concurrentiel du secteur agroalimentaire est très vaste. Quelle que soit la taille de l’entreprise et le budget alloué au marketing, certaines offres alimentaires ne rencontreront jamais de succès, condamnant ainsi de nombreuses denrées destinées à la consommation humaine.

Voici quelques exemples des pires lancements de produits alimentaires :

  • les lasagnes surgelées de Colgate en 1982 ;
  • le soda incolore Crystal Pepsi en 1992 ;
  • les chips sans matières grasses de Frito-Lay en 1998 ;
  • le Ketchup de tomates vertes de Heinz en 2000 ;
  • le Coca-Cola Blak aux arômes de café en 2006.

La loi de l'offre et la demande

Dans la grande distribution, il existe de nombreuses normes concernant l’aspect, la taille et la forme de certains aliments. Or, nos modes de consommation et le marché mettent du temps à évoluer. Même si on entend de plus en plus parler de « fruits et légumes moches », l’industrie agroalimentaire préfère se baser sur des standards esthétiques pour proposer des produits attractifs et populaires.

La non-conformité de certains aliments avec ces préférences des consommateurs incite les grandes et moyennes surfaces à écarter de la vente certains produits jugés trop singuliers. Selon l’ADEME, en France, seul 1% des produits référencés serait responsable de 20 % du gaspillage alimentaire en magasin. De ce fait, une meilleure gestion des références permettrait de réduire le volume des invendus alimentaires.

Des problèmes d'étiquetages

L’emballage et le packaging de certains produits alimentaires commercialisés dans la grande distribution feraient également partie des causes du gaspillage alimentaire. Lors de l’approvisionnement et du stockage de ces denrées, il peut y avoir une erreur d’étiquetage sur un produit. De même, si toute une palette est renversée et que les emballages sont abîmés, ouverts ou simplement cabossés, tous ces produits sont écartés de la mise en rayon.

gaspillage alimentaire

Des ventes anticipées par rapport à la demande réelle

L’inadéquation entre l’offre et la demande peut provoquer un sur-stock de denrées périssables. Un réapprovisionnement des stocks trop important engendre alors nécessairement des invendus alimentaires.

La demande est parfois imprévisible car elle dépend de nombreux facteurs qu’il est difficile d’anticiper. Or, la grande distribution privilégie bien souvent la valeur marchande des produits alimentaires plutôt que leur potentiel de gaspillage. Même si la denrée est très fragile et délicate à conserver, les magasins préfèreront la commercialiser en grande quantité, sans être sûrs de pouvoir tout vendre.

La durée de vie des produits

Enfin, le gâchis de nourriture par les industriels s’explique par la durée de vie limitée de certains produits alimentaires.

La règle des ⅓  ⅔ régit la relation entre fabricants et distributeurs et induit davantage de gaspillage d’aliments. Cette règle stipule que le fabricant détient le produit pendant le premier tiers de sa durée de vie, tandis que le distributeur profite des deux tiers restants. Par conséquent, si le fabricant produit une denrée et qu’elle n’est pas commandée dans les temps, cette règle n’est pas respectée. Le distributeur pourra refuser d’acheter la denrée qui sera alors gaspillée.

Par ailleurs, tous les produits vendus par les supermarchés ou hypermarchés ne seront pas vendus dans le temps imparti. Les distributeurs favorisent bien souvent des produits ultra-frais, au détriment des aliments qui commencent à avoir un aspect plus défraîchi. Si certains commerces jouent le jeu et proposent des réductions sur les produits avec une date de péremption proche, d’autres prennent le parti de retirer les aliments des rayons quelques jours avant la date limite de consommation.

Gaspillage alimentaire chez le consommateur

La différence DDM / DLUO

Par peur d’une DLC (date limite de consommation) courte ou par méconnaissance de la différence entre la DDM et la DLUO, de nombreux ménages préfèrent jeter de la nourriture, même si elle est encore emballée et consommable.

Auparavant, la DLUO définissait une date limite d’utilisation optimale pour les denrées périssables. Une fois cette date passée, la plupart des consommateurs considéraient donc la nourriture comme inconsommable. Pourtant, il s’agit d’une date conventionnelle : elle ne témoigne en rien d’un danger pour la santé.

Désormais, la DDM ou date de durabilité minimale s’est substituée à la DLUO avec la mention « À consommer de préférence avant le… ». Cela permet d’encourager les ménages à consommer le produit après la date indiquée car cela ne présente aucun risque d’intoxication alimentaire, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Le seul défaut sera un manque de saveur ou la perte de propriétés nutritionnelles (richesse en vitamines par exemple).

dates de péremption

Les produits qui ne périment pas

De nombreux ménages ont du mal à faire la distinction entre les produits périssables et ceux qui peuvent se consommer après de longues années. Résultat : on retrouve aussi bien des fruits et des légumes pourris que des produits encore comestibles dans les poubelles domestiques. Pourtant, il est tout à fait possible de manger certains aliments que l’on retrouve bien plus tard au fond de son placard.

Ainsi, on aurait retrouvé du miel vieux de 2000 ans et encore consommable dans les pyramides égyptiennes. Seule sa texture cristallisée témoignait du temps passé, mais il a suffi de le réchauffer pour retrouver son aspect originel. Surnommé « miel des pyramides », ce produit serait composé d’antibiotiques naturels, ce qui le protégerait des bactéries.

Qu’il s’agisse d’une légende urbaine ou d’une vérité scientifique, une seule chose est sûre : il est possible de conserver du miel pendant de nombreuses années après sa récolte, à condition de choisir le bon mode de conditionnement. Le sucre, le sel, le riz ou encore les épices font aussi partie des produits réputés impérissables. Stockés à l’abri de la chaleur et de l’humidité dans un bocal hermétique, ils s’utilisent donc plusieurs années après leur date de péremption.

Faire confiance à son instinct

Comment savoir si un produit est périmé ? Même si la date est dépassée, il est possible de faire confiance à ses sens pour faire le tri entre les aliments à ne pas consommer et ceux qui sont encore comestibles.

Pour ce faire, vous pouvez procéder en 3 étapes successives :

  1. Observer l’aspect de l’aliment. A-t-il flétri ou changé de couleur ? Y a-t-il des traces de moisissures ? La texture est-elle devenue toute molle ?
  2. Sentir le produit. Des odeurs âcres, trop fortes ou inhabituelles doivent vous alerter.
  3. Goûter le produit s’il a l’air encore bon. Cette dernière étape vous confirmera le fait que l’aliment n’est pas dépassé et qu’il est encore comestible, même s’il a moins de saveur ou que l’on ne sent plus l’arôme annoncé sur l’emballage.

Comment lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Réduire le gaspillage alimentaire au niveau national et international est un véritable défi. Cela demande des efforts de la part des pouvoirs publics, des industriels et des consommateurs. De nombreuses réglementations ont vu le jour à l’échelle planétaire pour limiter les pertes de nourriture au maximum, avec des objectifs clairs et précis de lutte contre le gaspillage alimentaire.

Des objectifs de réduction au niveau mondial

La prise de conscience des enjeux du gaspillage alimentaire concerne un nombre grandissant de pays à travers le monde. Les ambitions politiques se multiplient, dans l’espoir de voir se réduire le gâchis de nourriture et la surconsommation alimentaire.

Dans le cadre des objectifs du développement durable (ODD), l’Organisation des Nations Unies souhaite ainsi voir se réduire de 50% le volume de déchets alimentaires par habitant d’ici à 2030. Cet objectif vise aussi bien les acteurs de la distribution que les consommateurs.

Deux indicateurs bien distincts ont alors été définis pour mesurer l’évolution des chiffres du gaspillage alimentaire dans chaque pays :

  • l’indice des pertes alimentaires ou Food Loss Index (de la production au commerce de détail) ;
  • l’indice du gaspillage alimentaire ou Food Waste Index (de la vente au détail à la consommation par les ménages).
loi anti gaspillage

Des lois anti-gaspillage en France

Sur le territoire national, de nombreuses lois anti-gaspillage alimentaire ont vu le jour depuis 2013. L’État français entend bien lutter contre le gâchis alimentaire tout au long de la chaîne de production, grâce à des mesures dissuasives et des interdictions. Ces textes réglementaires permettent d’encadrer la gestion des déchets alimentaires, quelle que soit l’origine de ce gaspillage. Producteurs, distributeurs, commerces de bouche, restaurateurs et particuliers sont donc tous concernés par ces mesures.

On dénombre quatre grandes lois anti-gaspi en France :

  1. Le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire établi par le ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt en 2013. Au total, 11 mesures ont été décidées afin de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici à 2025 : des clauses « anti-gaspi », des indicateurs de suivi pour mesurer le gaspillage alimentaire à toutes les étapes de la chaîne de production ou encore une simplification des dons alimentaires pour les professionnels de l’alimentation.
  2. La loi anti-gaspillage alimentaire (dite « loi Garot ») signée en 2016. Destinée aux acteurs de la grande distribution, ce texte de loi les incite à développer une démarche anti-gaspi et à valoriser les invendus alimentaires.
  3. La loi EGAlim consacrée par l’ordonnance de 2019 du ministre de l’Agriculture et de l'Alimentation, Didier Guillaume. Elle étend les mesures prises par la loi Garot à la restauration collective et à l’industrie agroalimentaire. L’objectif : encourager le don d’aliments aux associations et mieux gérer les excédents alimentaires au lieu de les détruire de manière intentionnelle.
  4. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (dite « loi AGEC ») publiée en 2020. Elle vise à changer les habitudes de consommation des ménages, en valorisant par exemple l’achat en vrac pour les aliments.

Information au consommateur

Mieux informer le consommateur permet de réduire le gaspillage domestique. En effet, le manque de transparence par rapport aux dates des produits alimentaires (DLC, DLUO et DDM) entraîne inévitablement un gâchis de nourriture.

Dès lors, le ministère de la Transition écologique et solidaire et la solution anti-gaspi Too Good To Go ont décidé de lancer un Pacte sur les dates de consommation. L’objectif de cette initiative : clarifier et harmoniser ces dates afin de limiter le gâchis alimentaire. Au total, 51 entreprises de l’agroalimentaire ont accepté de signer ce pacte pour s’engager dans une lutte active contre le gaspillage de denrées.

Des solutions anti gaspillage à la maison

Il existe de nombreuses solutions contre le gaspillage domestique. Au quotidien, ces gestes en apparence très simples permettent de faire la différence sur le volume annuel de déchets alimentaires encore comestibles.

Voici quelques astuces anti-gaspi à la maison :

  • Établir des menus pour la semaine avec des recettes anti-gaspi afin d’utiliser les restes de repas, les fanes de légumes ou les peaux de fruits par exemple.
  • Faire ses courses en fonction d’une liste bien précise pour éviter les tentations.
  • Organiser ses placards et son réfrigérateur de manière à consommer en priorité les aliments périssables ou à DLC courtes.
  • Allonger la durée de conservation des aliments en optant pour les bons modes de conditionnement et en les congelant si les quantités sont trop importantes.
  • Acheter de l’alimentation en vrac pour ne pas tomber dans la surconsommation de nourriture.
  • Utiliser des applications anti-gaspillage comme Frigo Magic pour cuisiner les restes  ou Too Good to Go pour récupérer les invendus alimentaires des commerces locaux.

Ces nouvelles habitudes de consommation permettent d’éviter le gâchis d’aliments, mais aussi de faire de belles économies !

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