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Partenariat Ecole de la deuxième chance x La Fourche : rencontre avec Hamady, ancien élève

Par Valentine Le vendredi 26 juin 2020

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Bonjour Hamady, peux-tu te présenter et me parler de ton arrivée à l’Ecole de la deuxième chance (E2C) ? 

Bonjour, je m’appelle Hamady, j’ai 19 ans, je travaille à l’entrepôt de La Fourche à Livry-Gargan. Avant ça, j’étais à l’E2C. C’est la Mission locale qui m’avait conseillé d’y aller. J’avais 18 ans quand j’y suis arrivé l’année dernière. C’était le 6 mai, je me souviens encore de la date. J’étais un peu stressé au début, j’avais pas mal d’appréhension, il y avait du monde et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais Thomas, le responsable de l’E2C à La Courneuve et son équipe m’ont aidé à m’intégrer. J’ai eu très vite une référente, Madame Odile, qui m’a suivi tout au long de mon parcours pour chaque stage, chaque recherche, chaque démarche à faire, etc.

On fait beaucoup de stages à l’E2C, on essaye de se réinsérer. J’en ai fait 6 au total. Je suis passé par plusieurs magasins, j’ai fait un stage en sécurité aussi et le dernier, à La Fourche, a été le bon !

Comment as-tu entendu parler de La Fourche ? 

 C’est grâce à Ibrahima, mon collègue ici aujourd'hui (ndlr : le dessinateur de la célèbre petite souris sur les colis La Fourche), qui vient aussi de l’E2C. Je lui ai dit que j’avais vraiment besoin de boulot. On est rémunéré par l’entreprise lorsqu’on est stagiaire de l’E2C, mais pas grand chose, ça ne me suffisait plus. J’avais vraiment besoin d’argent. Il m’a expliqué comment ça se passait à l’entrepôt, il m’a dit “si t’es bon et que tu travailles, ils vont te prendre”, ça m’a convaincu. D’abord Boris, le boss de l’entrepôt m’a accepté en stage, puis à la fin des 3 semaines il m’a fait signer un contrat, qu’on a renouvelé depuis.

Tu aurais un conseil pour quelqu’un qui hésite à rejoindre l’E2C ? 

 Oui je pense souvent aux jeunes comme moi qui sont dehors et qui veulent prendre en main leur parcours, ils devraient faire un tour à l’E2C, ça les aiderait !

Moi j’ai conseillé des amis, mais je peux simplement leur dire d’essayer, c’est à eux de voir s’ils se sentent capables, c’est un vrai choix de vie ! Je leur dis : plutôt que de galérer, allez à l’E2C, ça va vous aider à trouver des formations, et peut-être un boulot juste après, comme moi. 

A vrai dire moi je ne savais pas que j’allais travailler aussi tôt. Dans ma tête, c’était pas maintenant, pas tout de suite. Avec La Fourche, c’est là que j’ai vraiment connu le monde du travail. 

Qu’est-ce que ça t’a apporté, de travailler à La Fourche ?

Et en même temps il y a une très bonne ambiance entre nous. Ca rigole un peu partout et moi je suis un mec rigolo, tant qu’il y a de la rigolade, ça me va ! (rires)

Plus sérieusement, au fur à mesure des mois, j’ai gagné en expérience, je maîtrise mieux mes tâches. Je m’y connais maintenant en packing, je suis l’un des meilleurs ! 

La connaissance du monde professionnel, voilà, c’est ça que La Fourche m’a apporté. J’ai appris ce que c’était que le travail, ce que c’était que se lever à 6h du matin. Et la ponctualité aussi. 

Surtout, La Fourche m’a apporté la sécurité financière. Je me sens soutenu, de manière générale mais financièrement en particulier. Je n’ai pas besoin de gratter de l’argent par-ci par-là, ou d’en demander à mes parents, et en plus je gagne un bon salaire par rapport à mon âge.

hamady au travail

De quoi tu te sens fier aujourd’hui ?

 Comme je le disais, je me sens fier d’être indépendant financièrement. Je me sens heureux parce que je travaille, même en temps de coronavirus. Ca m’a permis de gagner un peu d’argent sans tout dépenser tout de suite (rires). 

Je me sens fier d’avoir eu la détermination d’aller à l’E2C et d’avoir fait en sorte de m’en sortir, j’ai été courageux c’est vrai, parce qu’un moment j’ai cru que j’allais craquer. 

Et puis je pense avoir fait mes preuves ici, j’ai fait ce qu’il fallait, sinon on ne m’aurait pas gardé ! Il faut donner pour que les gens donnent en retour, “il faut montrer sur le terrain” comme on dit avec mes potes (rires). 

Si tu regardais en arrière, qu’est-ce que tu aurais envie de dire au jeune Hamady de 14 ans ? 

 En fait, j’ai eu un parcours un peu difficile. A mes 13 ans, j’ai quitté la France, on m’a envoyé au bled parce que j’étais trop bagarreur. Je mettais le bazar, je m’en prenais même aux profs, et j’ai été viré du collège. 2 mois après, je suis parti pour 6 ans, jusqu’en janvier 2019, donc il n’y a pas très longtemps. Alors à 14 ans, clairement, j’étais déconnecté d’ici.

C’était une bonne chose d’un côté, parce que ça m’a évité de grandir dans un quartier où j’aurais pu connaître le pire. Si j’y étais resté, je pense que je serais en prison à l’heure qu’il est. Alors qu’aujourd’hui je fais de petites conneries à droite à gauche, mais je respecte les limites. Par exemple je fume des cigarettes, mais rien de grave !

Travailler à La Fourche m’a vraiment appris des valeurs, ça m’a donné du gabarit aussi. Maintenant je suis majeur, c’est à moi de me débrouiller. 

Tu as un souvenir marquant de ton parcours à l’E2C ? 

Le jour où je me suis fait virer d’un stage. Du jour au lendemain, comme ça, je n’ai rien compris à ce qui m’arrivait ! La veille encore, mon manager - je travaillais au rayon chaussures dans une grande enseigne de sport - faisait des compliments sur moi à ma référente de l’E2C, lui disait que j’étais impeccable. Je n’avais rien cassé, rien volé, je n’avais rien à me reprocher ! Quand je lui ai demandé des explications, il m’a dit que j’avais “une attitude de quartier”. Ca m’a beaucoup marqué. Pour lui en plus, je venais de la pire banlieue, le 93.

 

Et un souvenir marquant à La Fourche ? 

La première fois que j’ai découvert l’entrepôt, quand je suis venu apporter ma convention de stage. Honnêtement, j’ai eu peur en voyant tout le monde travailler ! Surtout les préparateurs de commande, je me suis dit je pourrais jamais faire ça, il faut vraiment être courageux pour passer toute la journée debout ! 

Je pense que je fais vite les choses, même si c’est pas parfait, je vais quand même essayer. J’apprends de mes erreurs, en ce moment il n’y a pas de casse dans les colis que je prépare, parce que j’ai bien compris comment faire grâce aux conseils de Boris. Il m’a expliqué une fois, deux fois, ça finit par rentrer ! 

C’est un bon Boris, j’aime bien sa manière de travailler. Si un truc est mal fait, il ne va pas s’en prendre à nous. On le refait et puis c’est tout. 

hamady qui prépare une commande

C’est quoi ton plus grand rêve ? 

J’aimerais travailler à la RATP pour être chauffeur de bus mais je n’ai pas encore 21 ans. Je garde cette idée en tête pour plus tard, on sait jamais. Mais en attendant, la Fourche est une boîte rassurante. C’est speed c’est vrai, mais ils sont pas derrière nous. Dans mes précédents stages, j’avais tellement de gens sur mon dos, j’avais l’impression d’être au bled (rires). 

Sinon, vivre aux States et avoir beaucoup d’argent. Pour pouvoir me faire plaisir, construire et investir dans des projets plus sérieux. Autour du rap peut-être, j’aimerais bien investir sur des petits rappeurs prometteurs. 

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