Engagements

L’interview « Prenez-en de la graine ! » de Pachamamaï

Par Sarah Le vendredi 26 juin 2020

citation fondatrice

On se dit tout ! Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Que faites-vous ?  

Je suis Ludvina, fondatrice de Pachamamaï. Avant cette aventure, j’étais consultante en gestion sociale de catastrophes naturelles, je travaillais déjà sur une façon de remettre de l’harmonie entre l’Homme et l’Environnement. 

Pachamamaï a été créé il y a 6 ans. Tout est parti de plusieurs naissances de bébés autour de moi et l’envie de protéger leur peau. Je faisais donc des petits savons, des baumes pour le corps et des brumes relaxantes que j’offrais. Cela a eu un impact important autour de moi et j’ai rapidement eu des proches qui m’ont soutenue. Dès le début, j’avais la volonté d’apporter une réponse ferme aux enjeux de santé et de bien-être mais aussi de préservation de l’environnement : comment on utilise les matières premières, comment on les travaille - et donc le travail équitable - mais aussi qu’est-ce qui se passe une fois que le produit est conçu, quel est son impact sur l’environnement. 

Aujourd’hui nous avons 36 employés, nous sommes basés dans l'Essonne dans la ferme de La Lendemaine, un endroit magique, très vert où on cohabite avec plein d’associations. Par exemple, il y en a une qui travaille sur la permaculture, une autre sur la transformation culinaire et une autre sur l’autisme. Pour moi, Pachamamaï est vraiment une aventure humaine, faite de rencontres, d’échanges et de fou rires. On partage tellement de choses tous ensemble. 

Pachamamaï propose une large gamme de produits : shampoing, déodorant, dentifrice, on a une activité complète autour de la cosmétique solide. L’idée est d’apporter une solution durable à des produits qui existent de façon classique, de minimiser les déchets en proposant notamment des produits rechargeables. Par exemple, notre baume à mains, une fois que vous l’avez utilisé, on vous propose un galet de recharge vendu dans une boîte en carton qui vient remplacer votre ancien baume dans sa petite boîte en métal.

Où et comment sont fabriqués vos produits ? 

Nous fabriquons tous nos produits dans notre atelier de l’Essonne, tout le travail est manuel même si nous utilisons quelques outils. 

Le choix des matières premières est très important pour nous. On essaie de choisir celles avec la meilleure qualité possible. On va préférer travailler avec tel ingrédient car il possède des actifs plus intéressants, on n’utilise pas d’ingrédients de remplissage. On se source auprès de personnes engagées, en ayant en tête la protection de la biodiversité. On prend le temps de connaître les gens avec qui on travaille pour s’assurer de la qualité des produits. 

Nos ingrédients viennent d’un peu partout, certains sont Français mais pas tous. L’huile de coco par exemple est compliquée à trouver en France et elle est difficilement remplaçable par une autre matière première. Certaines huiles viennent d’Espagne ou de Tunisie car il y a aussi un enjeu de pouvoir proposer des produits cosmétiques à des prix raisonnables. Pour une huile française, le produit serait deux fois plus cher. On a choisi de vraiment mettre l’accent sur la qualité, donc on va plutôt faire le choix des ingrédients plutôt que de favoriser un sourcing 100% français. Après, on travaille le plus possible en local bien évidemment. 

On milite pour ne pas utiliser de composants issus de la pétrochimie. On arrive à trouver des équivalents naturels mais ça fait une différence de prix. L’huile de jojoba ou l’huile de brocoli, c’est 15 fois plus cher qu’un substitut pétrolifère de silicones. Ce choix de ne pas utiliser ces composants va imposer un certain niveau d’exigence sur la formulation. Nous faisons la R&D en interne, c’est notre grande fierté. Quand vous regardez les autres acteurs de la cosmétique, ils font souvent fabriquer par les autres. Nos produits sont extrêmement copiés ! En création, nous avons 3 personnes dédiées, pour nous, c’est super important. 

Un de nos chantiers pour la fin de l’année c’est de travailler sur une certification Cosmos Organique. C’est beaucoup de travail en amont, cela pose des questions sur le fait de changer de fournisseur ou pas parce que nous travaillons aujourd’hui avec des petites structures qui n’ont pas toujours la certification bio car elles n’ont pas les moyens de l’avoir. Si nous n’avons pas de certification bio, j’ai préféré pendant longtemps nourrir les communautés productrices plutôt que Ecocert.

Pachamamaï bio

Pourquoi avoir choisi le Zéro Déchet  ? 

Pachamamaï est né d’une espèce de ras-le-bol envers le milieu des cosmétiques. Je n’ai pas décidé de faire du Zéro Déchet, mais je trouvais intolérable de continuer à se comporter sans aucune conscience. J’ai fait une formation en psychologie environnementale donc depuis toujours, je suis très orientée sur la préservation de la nature et les comportements écologiques, cela fait partie de mes valeurs initiales. En fait, ce n’est pas tant la cosmétique qui m'intéresse mais plutôt les valeurs que je mets derrière. J’aurais pu totalement faire autre chose, être dans le textile ou autre, j’étais plus intéressée par la démarche, la réflexion autour de la préservation de l'environnement, la nature, les animaux, l’économie sociale et solidaire, cela passe par le Zéro Déchet mais pas que. 

Pourquoi devrait-on tous se mettre au Zéro Déchet ? 

On a une responsabilité envers cette Terre et vis-à-vis de nous-mêmes. Nous sommes des Terriens mais la Terre, elle, n’est pas humaine. Si on veut continuer à prospérer et évoluer, il faut prendre en considération les contraintes de nos environnements. Si on désertifie, si on pollue la Terre, elle, sera toujours là. Il faut que l’on se mette au diapason et que l’on réfléchisse à comment on consomme les ressources naturelles. Chaque année, le jour du dépassement est atteint de plus en plus tôt dans l’année. Quand il ne restera plus que deux mois d’alimentation devant nous on sera bien embêtés. Il faut trouver une solution pour continuer à vivre en harmonie avec la nature et ainsi continuer à prospérer en tant qu'espèce humaine. Quand on aura pollué tous les lacs, toutes les nappes phréatiques, l’héritage laissé à nos petits enfants sera désastreux. Au Japon, dans certaines villes, il n’existe pas d’eau de source, toute l’eau est filtrée. Quand on en sera là on aura plus d’eau vivante. C’est une nécessité de prendre en considération l’environnement autour, la Terre qui nous nourrit. 

Vous faites quoi pour limiter votre impact carbone ? 

Dans les cosmétiques solides, la problématique de l’impact carbone est au coeur du produit. Quand vous achetez un shampoing solide, c’est l’équivalent de 2 flacons et demi de shampoing liquide (un flacon de 500 ml). Nous, notre produit il ne pèse que 70 g ! Il a aussi moins d’impact en terme de transport. Avant de produire, on réfléchit toujours au cycle de vie des produits. Dans nos formulations, on va essayer de travailler le plus à froid possible, cela consomme donc moins d’énergie.  

Sur les emballages, on réutilise le plus possible le carton des fournisseurs pour en faire des pièces de calage. La plupart des savons sont dans des boîtes en carton, parfois dans des boîtes en métal mais qu’on peut conserver et recharger. Souvent, la praticité à l’usage vient faire évoluer le produit. Au début, le dentifrice n’était pas dans une boîte en métal mais il était mal utilisé. On l’a donc ensuite proposé dans cette boîte en métal avec un système de recharges. 

Pachamamaï bio

Qu’est-ce qui vous rend fière ? 

Plein de choses. Créer du travail ça me rend fière. Je suis aussi fière de moi, j’ai conscience d’avoir créé un marché et d’avoir contribué à des changements de comportements en France. Sur les 12 derniers mois, nous avons vendus 700 000 cosmétiques solides, plus de 20 tonnes de plastique ont ainsi été évitées ! Je suis aussi fière de m’être donné la chance de vivre avec mes rêves. Je me regarde et je me dis “bravo”, car je ne me suis pas contentée d’un job qui ne me faisait pas rêver. Enfin, c’est sans doute une fierté égoïste, mais mon métier me donne beaucoup d’épanouissement personnel, c’est une fierté en tant qu’être humain de pouvoir contribuer à son propre bonheur. 

C’est quoi votre combat ?

Je ne suis pas une guerrière, je n’aime pas me positionner contre quelque chose. En revanche, je consacre toute mon énergie à véhiculer les valeurs qui me semblent importantes. Je n’ai pas l’habitude de regarder ce que font les autres concurrents mais plutôt les gens, leur façon de vivre, leurs besoins, leur souhait d’évoluer et l’amour des gens envers leurs bébés. C’est ça qui m’inspire, c’est mon moteur.

À quoi rêvez-vous pour l’avenir ? 

Je rêve que Pachamamaï continue à proposer des produits qui oeuvrent pour le bien-être des gens, qui contribuent efficacement à une relation harmonieuse avec la Terre, que toute cette activité génère suffisamment de bénéfices pour que je puisse monter d’autres projets autour de la biodiversité dont je rêve. J’ai des objectifs plus grands autour de la protection de la nature et des savoirs ancestraux liés celle-ci. 

Pachamamaï bio

Qu’est- ce que vous aimeriez transmettre aux générations futures ? 

La certitude que le destin est entre nos mains, que chacun à son échelle peut faire bouger les choses dans sa propre vie. 

C’est tout simple ! 3 mots pour décrire votre marque ? 

Ethique, respect de la nature et respect du vivant.

C’est quoi votre produit chouchou ? 

Le produit dont je suis le plus fière parce que c’était un challenge au niveau de la formulation, c’est le démaquillant solide. C’est un produit très sensoriel qui n’a rien à envier aux produits conventionnels ! 

J’adore aussi les dentifrices solides, parce qu’on en vend 200 000 par an, on a vraiment réussi à changer les habitudes et les comportements à travers ces produits. 

En fait, j’aime tous les produits, ce sont ceux que j’utilise le matin dans ma salle de bain, ils me font voyager, me font être reconnaissante envers la nature et ses vertus, je me sens liée au monde, aux plantes. 

Un petit tip pour utiliser vos produits ? 

La notion de Zéro Déchet en cosmétiques et ailleurs prend de plus en plus d’importance aujourd’hui, mais ce que je conseillerais c’est d’y aller progressivement, ne pas changer du tout au tout, d’être tolérant avec soi-même, faire petit à petit, ne pas se culpabiliser. Chacun fait à son niveau et avance comme il peut !  

Pachamamaï bio

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