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L’interview « Prenez-en de la graine ! » de Côteaux Nantais

Par Sophie Le lundi 22 août 2022

agriculture biodynamie

On se dit tout ! Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Que faites-vous ?

Je suis Ludovic, responsable commercial chez Côteaux Nantais depuis presque 20 ans ! Avant ça, je travaillais dans le domaine des vins et spiritueux. Je suis très attaché à la notion de terroir et de savoir-faire. C’est ce qui m’a conduit chez Côteaux Nantais en 2001. 

Côteaux Nantais est une entreprise qui existe depuis 75 ans ! A l’origine, en 1943, deux familles ont mis en commun des vergers de petite taille, quelques hectares dédiés à la culture de la pomme. D’autres fruits ont suivi comme la poire, la pêche de vigne, le kiwi, la fraise, etc. L’entreprise a été parmi les premières à s’intéresser à l’agriculture biologique et elle s’est fortement développée avec l’apparition du logo AB au début des années 70. 

Pendant longtemps, Côteaux Nantais a commercialisé uniquement des fruits puis, un jour, l’idée est venue de valoriser les produits autrement et en particulier les produits non conformes et déclassés. Dans les années 80-90, Coteaux Nantais a commencé à produire des jus de pommes, du vinaigre ou encore des confitures puis à varier les parfums : pomme-fruits rouges, pomme-fruits exotiques, etc. Aujourd’hui, l’entreprise compte désormais un patrimoine important, avec des vergers qui ont plus de 60 ans pour certains. 

Côteaux Nantais est toujours une entreprise familiale. Nous avons su garder l’éthique des années 70, une époque où Coteaux Nantais n’avaient même pas besoin de parler d’agriculture biologique puisque pour eux c’était déjà l’agriculture qu’ils pratiquaient depuis leurs débuts. Quand ils ont découvert les dégâts de la chimie, ils ont choisi de s'éloigner encore plus de ce monde polluant.

Côteaux Nantais ce sont 95 hectares. Nous cultivons des fraises, des pommes (40-45 variétés), des poires et des kiwis sur des vergers de petite taille, ce qui nous permet de réaliser des rotations de cultures avec quelques légumes. Nous comptons aujourd’hui 200 références de produits : jus et pétillants de fruits, compotes et purées de fruits, cidres et vinaigres de cidre, confitures et gelées.

fruits biodynamie

Où et comment sont fabriqués vos produits ?

Nos produits sont fabriqués à Remouillé (près de Nantes sauf qu’à Remouillé il pleut deux fois) à partir de fruits cultivés sur la commune de Vertou, à une vingtaine de km. Tous les fruits sont calibrés et ce qui est écarté suite au tri est acheminé vers Remouillé pour en faire de la purée par exemple. Nous mélangeons 4 à 5 variétés selon la saison ce qui fait que les produits ne sont pas homogènes car, selon les variétés, le produit final n’est pas pareil niveau couleur et goût. Les fruits sont ensuite cuits dans de grandes marmites en inox, à l’étouffée.

Nous avons conservé nos recettes ancestrales, notamment pour les jus de pommes et compotes. Nous innovons dans le développement de nouveaux parfums comme pomme-pêche, pomme-figue, pomme-litchi ou encore pomme-gingembre. Pour les produits que nous ne produisons pas nous-mêmes, nous sommes très rigoureux. Tous les produits sont certifiés commerce équitable et arrivent par bateau comme c’est le cas de nos bananes et mangues d’Amérique du Sud. 

Toute notre récolte ne suffirait pas pour produire l’ensemble de nos produits car en bio, nous faisons face à une explosion de la demande à laquelle il est parfois difficile de répondre. Nous avons donc noué des partenariats avec d’autres producteurs français, en Anjou notamment, soit à moins de 150 km, qui nous fournissent en pommes en contrepartie d’une formation à la biodynamie. Nous travaillons aussi avec des confrères européens qui nous fournissent en myrtilles bio sauvages par exemple car nous n’en trouvons quasiment plus en France. Ce n’est pas évident de trouver tout ce que nous voulons en France et nous dépendons aussi d’aléas climatiques. 

"La lune a un effet nourricier sur le sol qui est lui-même « l’estomac de la plante ». En biodynamie, le verger a une certaine autonomie puisqu’il va utiliser ses propres feuilles et « mauvaises herbes ». Tout sert à nourrir le sol."

Pourquoi avoir choisi la biodynamie ?

Par éthique, pour le savoir-faire et l’observation de la nature. Les principes de la biodynamie concordent parfaitement avec nos convictions qui sont le respect de l’environnement et de l’Homme.

Si les années 70 ont marqué l’arrivée du bio, l’année 95 marque celle de la biodynamie. Côteaux Nantais a été parmi les premiers arboriculteurs français à avoir développé la biodynamie, une méthode de culture d’origine allemande. La biodynamie est un savoir-faire, une science complémentaire à l’agriculture biologique, qui ne se substitue pas à cette dernière. Aujourd’hui, l’ensemble de nos 80 hectares sont répartis sur six vergers différents, tous en biodynamie.

Préserver la biodiversité, la faune et la flore est nécessaire. Nous devons respecter les cycles de la nature pour que les écosystèmes soient les plus sains possible. Il faut tendre vers des cultures où la nature reprend ses droits. Pour cela, on s'intéresse à la lune et au calendrier variétal, en observant les vergers et en s’intéressant aux prédateurs et parasites. 

En biodynamie, si nous devons traiter la feuille, nous allons le faire sur un jour feuille du calendrier, si nous nous intéressons au sol nous allons le faire sur un jour racine, etc. C’est déjà ce que faisaient les anciens, nous n’avons rien inventé. La lune a un effet nourricier sur le sol qui est lui-même « l’estomac de la plante ». En biodynamie, le verger a une certaine autonomie puisqu’il va utiliser ses propres feuilles et « mauvaises herbes ». Tout sert à nourrir le sol.

En traitement, nous utilisons des plantes et des algues marines. Ce sont des oligo-éléments qui sont utilisés sous forme de lotion sur le verger, le sol ou les feuilles pour accompagner les arbres. En protection, nous pouvons utiliser de l’argile par exemple. Ce ne sont que des éléments naturels. Nous utilisons la silice qui a un pouvoir rayonnant et qui peut accompagner la photosynthèse. Parfois à dose homéopathique, pas besoin d’en mettre beaucoup. 

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"Le consommateur ne doit pas perdre la notion de la qualité du goût en se laissant tenter par des produits de moindre qualité, comme du bio pas cher et qui viendrait de l’autre bout du monde."

Pourquoi devrait-on tous se mettre à la biodynamie ?

Pour le consommateur, il s’agit de tendre vers un mode de vie plus sain car sur le long terme, les produits chimiques ont des conséquences sur sa propre santé et son environnement mais également sur sa descendance. Nous vivons dans un monde pollué avec de nombreux perturbateurs endocriniens. 

Le consommateur ne doit pas perdre la notion de la qualité du goût en se laissant tenter par des produits de moindre qualité, comme du bio pas cher et qui viendrait de l’autre bout du monde. Dans nos produits comme nos pétillants et nos jus, aucun sucre n’est ajouté. Les fruits sont juste cueillis et transformés au bon moment pour obtenir un produit final de qualité. 

Vous faites quoi pour limiter votre impact carbone ?

Le principe de la biodynamie, c’est que la ferme soit la plus autonome possible. Nous procédons donc à la méthanisation des déchets verts pour aller vers le compost. Chaque verger a son étang, ses propres réserves d’eau. 

Pour la cueillette, nous avons investi dans des plateformes électriques pour pouvoir ramasser les pommes à 3-4 m de haut. Nous sommes alimentés en électricité verte par Enercoop. 

Concernant nos emballages, nous recyclons la glassine (les résidus des rouleaux des étiquettes) en papier de magazine. Côté équipe, nous faisons du covoiturage, il y a une vraie solidarité au sein de l’équipe.

Qu’est-ce qui vous rend fier ?

Notre longue histoire, d’exister depuis 1943 et d’avoir été parmi les pionniers du bio dans les années 70 puis de la biodynamie avant les années 2000. Aujourd’hui, nous sommes vraiment dans un esprit collaboratif, d’entraide et de solidarité. Par exemple, avec les confinements j’ai été amené à travailler sur plusieurs postes de production ou d'étiquetage, j’ai même fait de la livraison à domicile !

C’est quoi votre combat ?

De toujours continuer à respecter le mode de culture bio et biodynamie. Nous continuons à nous battre contre la chimie. Notre combat c’est aussi d’avoir toujours les moyens de développer notre connaissance de la nature et de la respecter, la valoriser, afin d’en tirer ses bienfaits. D’un point de vue social, nous allons continuer à embaucher et préserver notre esprit collaboratif.

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À quoi rêvez-vous pour l’avenir ?

J’aimerais beaucoup développer en interne un projet pédagogique dans une ferme et c’est d’ailleurs en cours. Nous allons investir des ruines pour créer un site en circuit court, directement du verger au consommateur. Notre but est de répandre la biodynamie, de développer le bio et d’accompagner les demandes clients.

Qu’est-ce que vous aimeriez transmettre aux générations futures ? 

L’amour, le respect de la terre, de la culture et du monde vivant. Le respect est très important. Je leur souhaite aussi de développer le goût des bonnes choses, de revenir au plaisir des sens avec des produits de qualité où on se fait plaisir. 

C’est tout simple ! 3 mots pour décrire votre marque ?

Bio de qualité, éthique et producteur fabricant ! 

C’est quoi votre produit chouchou ?

Les produits de base, qui étaient parmi les premiers produits fabriqués, donc je dirai le jus de pommes ou la purée de pommes. C’est vraiment la bonne compote que tout le monde sait faire chez soi. Nos produits sont authentiques !

Un petit tip pour utiliser vos produits ?

Je dirais de les consommer naturels autant que possible pour apprécier pleinement leurs saveurs. Nos produits s’utilisent aussi bien au petit déjeuner avec de la confiture sur un morceau de pain que pour un dessert en fond de tarte ou en verrine par exemple.

Un petit truc à partager ?

L’expérience du confinement et du Covid. Nous n’avons jamais vécu d’événements aussi marquants avant ça. Pour la première fois, nous nous sommes vraiment rendus compte de la solidarité qui existait au sein de l’entreprise. Chacun était conscient du rôle à tenir pour pouvoir continuer à nourrir les consommateurs, même si les jus ou compotes ne sont pas des aliments de base comme le pain. Nous avons pris conscience que nous avons tous besoin des autres. La partie commerciale ayant une activité plus faible, je me suis retrouvé à faire des livraisons à domicile en plein Nantes avec les gens qui disaient merci depuis leur balcon. Les gens sont vraiment heureux de revenir à des valeurs de base, à la simplicité.

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