Engagements

L’interview « Prenez-en de la graine ! » des Alchimistes

Par Sophie Le jeudi 18 mars 2021

compost

On se dit tout ! Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Que faites-vous ?

Je m’appelle Cyrielle Callot, je suis directrice générale en charge du développement des Alchimistes. Je m’occupe du développement national et du développement de l’offre aux particuliers. Nous avons créé Les Alchimistes il y a 4 ans. Nous sommes une jeune société de l’ESS (économie sociale et solidaire), une ESSUS (entreprise sociale et solidaire d’utilité sociale). Notre métier consiste à faire de la collecte et du compostage de déchets alimentaires, principalement en milieu urbain. 

Avant ça, j’ai travaillé six ans pour Blablacar où je m’occupais de la croissance. Je me suis intéressée au compostage suite à un cheminement personnel sur mes envies d’avoir un impact positif sur l’environnement. Je suis partie du constat que mon mode de vie n'était pas très durable. Petit à petit, je me suis rendue compte qu’il fallait changer un paquet de choses. Un des gros déclencheurs a été de me demander ce qu’il se passait dans ma cuisine : qu’est-ce que je mange ? Qu’est-ce que je fais de mes déchets ? 

Deux aspects me motivent dans notre activité de compostage. Le premier, c’est que le compost permet de nourrir les sols qui sont d’énormes puits de carbone et qui permettent donc de lutter activement contre le réchauffement climatique et de participer à une agriculture durable. Le deuxième, c’est que le compost permet de sensibiliser et d’ouvrir d’autres thématiques, de se lancer dans d’autres éco-gestes au quotidien.

Avec Les Alchimistes, nous souhaitons faire en sorte qu’un maximum de déchets alimentaires soient valorisés en travaillant avec les acteurs locaux du territoire. Concrètement, nous avons des collecteurs qui partent tous les matins récupérer les déchets alimentaires des professionnels (écoles, supermarchés, hôpitaux…) ou des particuliers dans des points d’apport volontaires. Ensuite, ces déchets sont ramenés sur nos sites de compostage qui sont à quelques kilomètres seulement des points de collecte pour fabriquer du compost. Nous allons ensuite le revendre aux particuliers ou aux professionnels de l’agriculture urbaine. C’est dans le cadre de cette revente qu’on travaille avec La Fourche.

Aujourd’hui, nous sommes présents dans huit villes en France et nous sommes une cinquantaine de personnes à travailler. Nous avons comme objectif dans les cinq prochaines années d’ouvrir des solutions dans une trentaine de villes afin de valoriser un peu plus de 10% des déchets alimentaires français.

compost urbain

Où et comment est fabriqué votre compost ?

Notre compost est fabriqué dans plusieurs villes en France, pas très loin de là où il est vendu en général. Pour le compost vendu à La Fourche, il est fabriqué dans le 93 à l’Île-Saint-Denis donc juste à côté de l’entrepôt La Fourche qui est situé à Livry-Gargan. Il est collecté à Paris et en Île-de-France donc à moins de 15-20km de là où il est produit. 

Nos collecteurs partent le matin chez nos différents clients. Ils y déposent des bacs propres et désinfectés et collectent les bacs pleins. Ensuite, ils ramènent ces déchets alimentaires sur les zones de compostage où on va peser chaque bac. Nous les notons en fonction de la qualité du tri et la note va réduire ou pas la facture de nos clients. Mieux ils trient, moins ils paient. Ce tri est hyper important pour nous parce que la qualité du tri fait la qualité du compost final. Nous sommes vraiment engagés dans cette démarche très intégrée depuis l’amont vers l’aval.

"le meilleur déchet c’est celui qui n’existe pas et que le deuxième meilleur déchet c’est celui qu’on ne déplace pas"

Pour les particuliers, nous avons déployé plusieurs dizaines de points d’apport volontaires (des PAV pour les intimes) sur les territoires, en partenariat avec les collectivités. Nous essayons d’adopter une démarche novatrice à deux égards. La première, c’est que nous ouvrons des bornes là où nous voyons qu’il y a de l’intérêt grâce à un système de pré-inscription sur notre site. Quand nous voyons que c’est le cas sur une zone géographique, nous travaillons à l’ouverture d’une borne. La deuxième, c’est que nous essayons d’avoir de la visibilité sur toute la chaîne : depuis la sensibilisation sur la qualité du tri en amont jusqu'à la production et la vente du compost. Ce qui est assez rare dans le secteur des déchets souvent segmenté car ce sont en général de très gros volumes à traiter. Pour les biodéchets, nous pensons que c’est différent.

Nous sommes convaincus que le meilleur déchet c’est celui qui n’existe pas et que le deuxième meilleur déchet c’est celui qu’on ne déplace pas. Partout où nous pouvons faire du compostage chez soi ou de proximité, c’est la meilleure solution. Dans les zones urbaines très denses, il n'y a souvent pas la place de composter dans de gros volumes malheureusement. Les points d’apport volontaires permettent de déployer progressivement des solutions de tri pour les citoyens volontaires à des coûts raisonnables. 

Les PAV semblent être un super outil de sensibilisation pour un déploiement progressif de solutions, sachant que le contexte réglementaire prévoit que d’ici trois ans, tout le monde en France devra avoir une solution de tri à la source de ses biodéchets.

Notre compost est aussi vendu aux professionnels. Nous revendons aux particuliers environ 15% de notre production, le reste est vendu aux agriculteurs ou agriculteurs urbains. La vente aux particuliers est pour nous un acte de sensibilisation. Pour chaque tonne de compost vendu (nos sachets font à peu près 1kg), ce sont 1 000 citoyens qui ont acheté du compost et qui sont sensibilisés à la démarche alors que pour les agriculteurs on parle de dizaines ou centaines de tonnes, ce qui est parfois un peu invisible des urbains.

fabrication compost

Pourquoi avoir choisi de faire du compost à grande échelle ?

Nous avons décidé très tôt que nous voulions avoir une visée à grande échelle car l’ampleur de la tâche est importante ! La partie pédagogique et militante qui sert à sensibiliser et montrer pourquoi faire les choses est essentielle mais nous avons voulu aller encore plus loin. Notre pierre à l'édifice, c'est de réussir à faire émerger des solutions qui valorisent les humains et les territoires, mais qui le font à grande échelle. Aujourd’hui, il y a un vrai besoin de voir émerger des solutions de l’ESS avec des pratiques durables de grande échelle et qui peuvent être des alternatives aux moyens historiques sur le secteur.

Avec le contexte réglementaire dont je parlais un peu plus tôt, il y a tout à construire. Depuis 2012, tous les producteurs de déchets alimentaires en France qui produisaient plus de 100 tonnes de déchets alimentaires par an ont commencé à être obligés de trier à la source leurs biodéchets. Ce seuil est passé à 10 tonnes en 2016 et il va passer à zéro fin 2023

Nous sommes en train de construire des solutions de valorisation de déchets alimentaires depuis à peine 10 ans donc il y a tout à faire et c’est l’occasion de le faire bien.

"C’est quand même assez magique de voir qu’un déchet est une ressource qui va servir à produire des aliments qu’on peut ensuite manger puis qui vont retourner à leur tour au sol."

Pourquoi devrait-on tous faire son compost ?

Il y a plein de raisons ! Déjà parce que ça permet de voir le cycle de la vie. C’est quand même assez magique de voir qu’un déchet est une ressource qui va servir à produire des aliments qu’on peut ensuite manger puis qui vont retourner à leur tour au sol. C’est une magie que parfois on perd, surtout quand on habite en ville. Par ailleurs, c’est un geste assez simple pour la planète, à notre portée. C’est quelque chose qu’on fait tous les jours de mettre dans notre poubelle. 

Le compost reconnecte les urbains à la nature, c’est un geste écologique. Si d’aventure on a envie de faire son petit potager, ça permet aussi d’amender son sol. Il permet aussi de ne pas avoir à déplacer ses déchets.

Pour avoir un compost bio, faut-il mettre des déchets uniquement bio dedans ?

Pas besoin de mettre que des produits bio dedans. Le processus de compostage fait que les résidus de pesticides sont éliminés. En fait, la norme pour le compost (NFU44051) vient constater, une fois que le compost a été produit, si oui ou non il est compatible avec l’agriculture biologique. 

compost écologique

Vous faites quoi pour limiter votre impact carbone ?

Ce sujet est dans notre identité de base. Nous cherchons à nourrir les sols donc à restaurer des puits de carbone qui permettent de réduire notre empreinte collective. C’est l’objet même de notre mission.

Cependant, nous transportons quand même des déchets donc nous avons des véhicules. Pour limiter notre empreinte, il y a deux axes à développer. Premièrement, avoir des véhicules plus propres et deuxièmement, faire les trajets les plus courts possibles. Nous avons d’abord choisi de s’attaquer à ce deuxième volet en créant des sites micro-industriels qui restent proches de la ville et permettant de réduire ainsi les kilomètres parcourus, tout en restant ancrés dans le territoire. 

Sur le premier volet, nous sommes encore loin d’être parfaits car nous travaillons beaucoup avec des véhicules légers, de moins de 3,5 tonnes, et il y a encore peu de solutions sur le marché pour des véhicules électriques ou au gaz naturel. C’est un projet sur lequel nous travaillons, nous avons déjà quelques vélos et camionnettes électriques. Nous avons aussi un cheval qui effectue la collecte sur un de nos territoires.

Qu’est-ce qui vous rend fier ?

Ce qui nous rend fier, c’est d’être droit dans nos bottes, c’est de faire quelque chose au quotidien qui nous anime et qui fait que nous sommes cohérents avec nos valeurs

Ce qui me rend aussi très fière, c’est l’équipe que nous avons commencé à construire avec un gros réseau d’entrepreneurs. Nous sommes dans huit villes en France, avec des équipes très ancrées dans leur territoire et avec une forte volonté de faire bouger les choses. Nous avons encore beaucoup de choses à faire au niveau des acteurs sociaux mais nous travaillons déjà avec des entreprises et des chantiers d’insertion, des ESAT ou des acteurs de l’économie sociale. Nous essayons de faire les choses du mieux possible. 

J’espère que dans 10 ans nous pourrons être fier aussi de tous les déchets alimentaires que nous aurons permis de retourner au sol.

compost biodéchets

C’est quoi votre combat ?

C’est l’incinération et l’enfouissement des déchets alimentaires mais aussi l’appauvrissement des sols. C’est pour ça que nous existons. 

"Nous on a envie de faire l’inverse, de faire le lien entre la ville et la campagne."

À quoi rêvez-vous pour l’avenir ?

Nous rêvons d’un monde résilient et local ou en tout cas de boucles locales ou d’une économie circulaire, plus ou moins grande et concentrique mais une économie qui permet d’être un peu plus raisonné et proche les uns des autres. Nous voyons avec la crise du Covid qu’il y a une forte interdépendance mondiale. Je suis convaincue qu’il existe des solutions pour construire des boucles plus locales.

Il y a la boucle des champs à l’assiette, à savoir des agriculteurs qui produisent des produits qui vont dans les assiettes des consommateurs, souvent urbains puisque nous sommes 80% de Français à vivre en zone urbaine. Nous on a envie de faire l’inverse, de faire le lien entre la ville et la campagne.

Qu’est-ce que vous aimeriez transmettre aux générations futures ?

Le goût et l’envie de croire en ses idées, d’entreprendre et de pousser pour ses idées. Il n’y a pas de rêves qui soient trop fous. Souvent quand on essaie de s’exprimer et de mobiliser autour d’une thématique qui nous est chère, on se rend compte que d’autres gens pensent comme nous, ça crée un sillon et ça insuffle le changement. Il faut y croire. La somme de nos petits ruisseaux va faire la grande rivière.

C’est tout simple ! 3 mots pour décrire votre marque ?

Ensemble, composter et nourrir les sols. C’est notre mission. Ensemble parce que nous avons envie d’être un mouvement, d’être alchimistes tous ensemble. Composter car c’est notre cœur de métier. Nourrir les sols car c’est la fin de notre activité, à savoir apporter cette matière au sol.

site de compostage

Un petit tip pour utiliser vos produits ?

Pour utiliser notre compost, je dirai de bien regarder pour quel usage on l’utilise : pour rempoter une plante ou pour la nourrir un peu. En fonction, il faut adapter le volume de compost qu’on utilise. Sinon, si le cœur vous en dit, prenez-le et malaxez-le pour vous rendre compte que c’est bien vivant.

Un petit truc à partager ?

En novembre, nous avons organisé une projection débat autour d’un film qui s’appelle Kiss the Ground, pour l’amour des sols. C’est un film que je recommande chaudement parce qu’il vulgarise les thématiques autour du rôle que les sols peuvent jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est à la fois bouleversant et encourageant car il montre aussi des solutions.

Vous aimerez lire aussi

fermes de demain

Engagements

A quoi ressembleront les fermes de demain ?

Parlons de ferme urbaine, de tiers-lieux nourriciers et de fermes collaboratives et divers...

commande La Fourche

Engagements

Réduire son empreinte carbone ? C’est possible grâce à La Fourche

Découvrez comment réduire votre empreinte carbone grâce à La Fourche ! Vous verrez, c'est ...

colis

Engagements

Tout savoir sur l’impact carbone de la livraison

Quelle est l’option la moins polluante entre achat en magasin physique et en e-commerce ? ...