Engagements

Qu’est-ce que l’Éco-score, le score d’impact environnemental des produits ?

Par Lucas Le jeudi 7 janvier 2021

eco-score impact environnemental

Pour la première fois en Europe, un collectif d’acteurs engagés dont fait partie La Fourche crée un outil transparent pour guider les consommateurs dans leurs choix alimentaires. A la manière du Nutri-score pour la nutrition, l’Éco-score permettra à tout un chacun de comprendre en un clin d'œil l’impact environnemental d’un produit.

Cette démarche est profondément nécessaire et nous l'espérons aura des répercussions importantes au sein de l’industrie agro-alimentaire et sur nos pratiques de consommation. L’Éco-score nous aidera tous à mieux comprendre l’impact de notre consommation et à agir pour accélérer la transition écologique.

Le collectif a souhaité proposer une méthodologie transparente, indépendante et basée sur des données open source pour la rendre disponible aux millions de Français qui utilisent ses services afin d’en faire la référence de l’affichage environnemental. 

Cette démarche a été plébiscitée par la Convention Citoyenne. Elle s’inscrit également dans une expérimentation lancée par le Ministère de la Transition Écologique, coordonnée par l’ADEME et l’INRAE et pour évaluer différentes méthodologies d’affichage. 

On vous explique tout sur notre démarche, sur la méthodologie de calcul et on vous présente quelques exemples dans cet article.

Le collectif est composé de : 

La Fourche, Yuka, FoodChéri, Seazon, Marmiton, Etiquettable, Open Food Facts, ECO2 initiative, ScanUp, Frigo Magic. 

1. Qu’est-ce que l’Éco-score ?

Il s'agit d'un indicateur représentant l'impact environnemental ou écologique des produits alimentaires. Il classe les produits en 5 catégories (A, B, C, D, E), de l'impact le plus faible, à l'impact le plus élevé.

echelle eco-score

2. Pourquoi est-ce important de calculer l’impact environnemental de ce que nous mangeons ? 

L’alimentation est le secteur qui participe le plus au changement climatique. 30% des émissions de CO2 sont dues à l’agriculture et à l’élevage, mais aussi 60% de la consommation en eau potable et la majorité des déchets d’emballage que nous retrouvons dans les océans et les décharges. 

L'agriculture occupe 1/3 des terres émergées sur la planète et c'est également le principal facteur de déforestation et de perte de notre biodiversité. 

Et les Français ne s’y trompent pas. Dans un récent sondage IPSOS, 78% d’entre eux demandaient plus d’informations sur l’impact environnemental et santé des produits. 

2.1. Un Éco-score pour aider les Français à comprendre l’impact environnemental de l’alimentation

L’objectif de l’Eco-score est avant tout pédagogique. C’est un outil qui permettra de sensibiliser sur l’impact environnemental de notre alimentation et d’améliorer notre connaissance des enjeux écologiques liés à ce secteur. 

2.2. Un Éco-score comme outil d’aide à la décision

Les chiffres cités sur l’impact de l’alimentation font froid dans le dos. Mais nous pouvons drastiquement les faire baisser. 

En consommant différemment et en favorisant les aliments dont la production demande moins de ressources, génère moins de pollution et respecte davantage nos écosystèmes.

La Convention Citoyenne pour le Climat a d’ailleurs fait de l’Éco-score l’une de ces 146 propositions. Cet outil permettra de redonner du pouvoir au consommateur pour encourager une transition écologique grâce à notre consommation quotidienne. 

Car il n’y a pas de petits gestes. Chacun peut agir et tout est bon à prendre pour relever le défi du siècle : contenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C et préserver le vivant pour les générations futures.

2.3. Un Éco-score pour impulser des changements dans l’industrie agroalimentaire

L’Éco-score est un sujet éminemment stratégique pour les grandes entreprises de l’agroalimentaire, tout comme l’a été le Nutri-Score avant lui. Certains ne veulent pas que l’impact environnemental de leurs produits se voit trop… 

C’est aussi un sujet politique. En Février 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoit la mise en place d’un dispositif d’affichage environnemental sur les produits.

Le Ministère de la Transition Écologique a ainsi appelé tous les acteurs du secteur agroalimentaire - La Fourche et certains membres du collectif compris - à participer à une consultation de 18 mois sur la définition d'un score d’affichage environnemental. 

Dans ce cadre, tout le monde peut proposer son Éco-score avec sa propre méthodologie et son aspect graphique. À la fin de cette consultation, l’ADEME et l’INRAE pourront récupérer les copies et décider de quel score sera affiché au niveau national. L’affichage sera optionnel, comme le Nutri-score, mais on espère qu’il se généralisera.

Or en assistant aux débats et en discutant avec les responsables politiques en charge du projet, nous n’avons pu que constater qu’ils subissent de plein fouet le lobby de certains gros acteurs de l’agroalimentaire qui font tout pour retarder et critiquer le processus et rendre inaccessible les données nécessaires à la création d’un score transparent et juste.

C’est aussi pour porter la voix des consommateurs et non de l’industrie agroalimentaire que nous avons créé ce collectif d’acteurs composé d’associations, d’applications citoyennes et d’entreprises engagées. 

Nous espérons que notre score sera plébiscité par les consommateurs ce qui donnera davantage d’arguments à l’ADEME et au gouvernement pour le choisir au détriment de méthodologies poussées par des lobbies plus intéressés par la préservation du statu quo que par la transparence. 

Mais assez parlé politique, rentrons dans le vif du sujet, comment est calculé cet Éco-score ?

3. Comment est calculé l’Éco-score ? 

L’Éco-score est calculé à partir des données d'Analyse de Cycle de Vie (ACV) de l'ADEME et de l’INRIA complétées par un système de bonus/malus basé sur les informations présentes sur les étiquettes.

calcul eco-score

3.1. Qu’est-ce que l’ACV ?

L'ACV est la méthodologie d'évaluation environnementale référente dans le monde scientifique pour évaluer les impacts sur l'environnement. Cette méthodologie recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d'énergie associés aux activités humaines. 

 

Toutes les étapes du cycle de vie d'un produit sont prises en compte pour l'inventaire des flux, du « berceau à la tombe » : extraction des matières premières énergétiques et non énergétiques nécessaires à la fabrication du produit, distribution, utilisation, collecte et élimination vers les filières de fin de vie ainsi que toutes les phases de transport.

Des ACV pour chaque catégorie de produit ont été réalisées par l'ADEME dans le cadre du projet Agribalyse : elles évaluent les impacts environnementaux de 2500 catégories de produits.

Jusqu'à cet été, ces données d'ACV se basaient sur l'impact carbone uniquement. C'est grâce à ces données que nous avons calculé notre score carbone sur les produits alimentaires vendus à La Fourche. 

 

Mais en septembre 2020, l’ADEME a sorti une nouvelle version des données d'ACV qui inclut 13 autres indicateurs d'impact environnemental. Ils correspondent à ceux préconisés par la Commission Européenne dans le cadre des travaux sur le projet Product Environmental Footprint

 

C’est une petite révolution car cela nous permet d'avoir une vision beaucoup plus holistique de l'impact environnemental, non plus seulement centrée sur l'impact carbone.

 

Voici la liste des impact environnementaux pris en compte dans le dernier calcul de l'ACV, avec en pourcentage leur pondération dans le score total : 

  • Changement climatique (CO2) - 22,2%
  • Particules fines - 9,5%
  • Appauvrissement de la couche d’ozone - 6,8%
  • Formation photochimique d’ozone - 5,1%
  • Radiation ionisante - 5,4%
  • Épuisement des ressources en eau - 9%
  • Eutrophisation marine - 3,1%
  • Eutrophisation eau douce - 2,3%
  • Acidification - 6,6%
  • Eutrophisation terrestre - 3,9%
  • Usage des terres - 8,4%
  • Épuisement des ressources énergétiques - 8,9%
  • Épuisement des ressources minérales - 8,1%

À noter que l'impact carbone ne représente que 22.2% du total de ce nouveau calcul de l'ACV, mais il est de toute façon positivement corrélé à quasiment tous les autres indicateurs.

En gros, si un produit pollue beaucoup en CO2, il va quasiment systématiquement polluer sur tous les autres aspects. Cet Éco-score va ainsi donner des scores assez proches de ceux calculés pour le climat-score, à l’exception de quelques produits dont nous parlerons tout à l’heure. 

L'ACV est ainsi intégrée à l'Éco-score sous forme d'un score normalisé sur 100 points. Plus le score se rapproche de 100, moins le produit a généré de pollution, et inversement. 

3.2. Un système de bonus/malus pour compléter l’ACV

L’ACV ne permet pas de prendre en compte certains enjeux environnementaux, comme la perte de biodiversité, la protection des espèces menacées, la pollution des déchets plastiques ou encore l'approvisionnement local.

C’est pourquoi nous avons créé un système de bonus/malus pour compléter le score et permettre de couvrir un champ plus large de facteurs. On vous en dit plus sur ce point technique en fin d’article.

Les bonus/malus correspondent à 5 catégories différentes : 

a) Les systèmes de production

En l'état actuel des connaissances, les indicateurs ACV ne sont pas suffisants pour comparer des systèmes de productions différents, comme l’agriculture biologique versus l’agriculture conventionnelle. 

L’agriculture conventionnelle, via l’utilisation de produits chimiques, a un impact extrêmement négatif sur la biodiversité, la santé des consommateurs, la pollution de l’eau et la biodiversité qui n’entre pas dans le calcul des ACV. 

De même, les ACV ne peuvent prendre en compte l’impact positif de l’élevage extensif versus l’élevage intensif sur le bien-être animal et la captation de CO2 par les prairies. 

Nous avons donc fait le choix de prendre en compte les labels éventuellement présents en fonction du niveau de bénéfices environnementaux qu'ils représentent.

En voici la liste avec les points bonus auxquels ils correspondent :

Groupe 1 : +20 points

Groupe 2 : +15 points

Groupe 3 : +10 points

b) L’origine des produits

Les ACV ne prennent pas en compte l’origine et les transports des ingrédients constituants un produit, elles se basent sur un mix de provenance « moyen ». 

Pour combler ce manque et favoriser l’approvisionnement local, nous avons donc pris en compte le mode de transport utilisé (routier, aérien, ferroviaire) ainsi que la distance parcourue entre le pays d’origine et la France pour chacun des ingrédients de chaque produit. Plus un produit comporte des ingrédients venant de loin, plus il est pénalisé. 

Point technique : 

La distance entre le pays d'origine et le pays de destination est calculée à partir du centre géographique du pays de départ et celui de la France.

Pour chaque itinéraire ferroviaire ou maritime, 2 trajets en camion sont pris en compte : l'un dans le pays d'origine entre son centre géographique et son lieu d'embarquement le plus proche, l'autre en France entre son lieu de débarquement le plus proche et le centre de la France.

Ces calculs permettent d’obtenir un bonus (pour l’approvisionnement local) allant de 0 à +15 points. 

c) La politique environnementale du pays producteur

L’impact environnemental de la production d’un produit dépend énormément des normes environnementales en vigueur dans le pays producteur (normes de rejets, production d’électricité, protection de la biodiversité...).

Nous utilisons donc l’Environnemental Performance Index, créé par des chercheurs des universités de Columbia et Yale aux États-Unis, pour intégrer cette notion dans l'Éco-score.

Ces calculs permettent d’obtenir un bonus/malus allant de -5 points à +5 points.

d) Cycle de vie et circularité des emballages

Les emballages alimentaires ont de nombreux impacts négatifs sur l'environnement : extraction de matières premières fossiles ou minérales non-renouvelables, consommation d'eau, persistance dans l'environnement, décomposition en micro et nano particules, contamination des sols, des eaux douces et des océans, etc.

Ces impacts n’étant pas correctement considérés par les ACV, nous avons intégré un score emballage dont l’objectif est de valoriser la circularité des emballages et, à défaut, l'utilisation de ressources renouvelables et biodégradables. 

impact environnemental emballage eco-score

Le score emballage est divisé en deux parties : 

1. Un score amont

Le score amont évalue l’origine des matières premières utilisées dans l’emballage et valorise, par ordre d’impact décroissant sur l’environnement, les matières suivantes : 

  • Recyclées
  • Renouvelables et durables
  • Renouvelables
  • Non-renouvelables

Un emballage issu de matières premières recyclées sera avantagé par rapport à un emballage issu de matières premières non-renouvelables.

2. Un score aval

Le score aval évalue la fin de vie de l’emballage, c’est-à-dire ce qu’il se passe après qu’il ait été placé dans la poubelle. Il valorise un emballage en fonction de l’impact sur l’environnement de ses différentes fins de vie possibles (par ordre décroissant) : 

  • Recyclable
  • Biodégradable
  • Incinéré
  • Mis en décharge (enfouissement)

Un emballage incinéré ou mis en décharge sera pénalisé par rapport à un autre issu de matières premières recyclées. 

Ces deux scores amont et aval s’ajoutent et donnent un malus allant de 0 point à -15 points. 

e) Espèces menacées (pas encore mis à place à l’heure actuelle)

Les ACV ne prennent pas en compte les enjeux liés à la perte de biodiversité. Nous avons donc ajouté un critère basé sur l’épuisement des stocks de poissons

Ce score est calculé à partir d’un rapport WWF considérant l’état des stocks des différentes espèces ainsi que l’impact environnemental lié à la technique de pêche (voir sources).

Ces calculs permettent d’obtenir un malus de 0 à -10 points. 

3.3. Score final

Avec les bonus/malus, on obtient toujours un score entre 0 et 100 (score borné). 

Le score sur 100 détermine ensuite la lettre Eco-score associée :

echelle eco-score

4. Quelques exemples d’Eco-scores

4.1. Sur les produits brut

eco-score
eco-score poulet
eco-score riz
eco-score fraise
eco-score oeuf
eco-score lait

4.2. Sur les produits en vrac du catalogue La Fourche

eco-score produits en vrac

4.3. Sur les produits emballés du catalogue La Fourche

eco-score

Conclusion

Notre but à La Fourche, c’est d’encourager la consommation responsable ou positive. C’est de faire comprendre à tous que chaque achat est un acte de vote et que nous tous, consommateurs, nous avons le pouvoir de façonner une société plus durable en encourageant les produits et les producteurs les plus engagés dans le respect de l’environnement. 

Je vous quitte sur une petite citation de Margaret Mead. 

"Ne doutez jamais qu'un petit groupe d'individus conscients et engagés puisse changer le monde. C'est d'ailleurs toujours comme cela que ça s'est passé."

Pour avoir le détail de la méthodologie employée, rendez-vous sur https://docs.score-environnemental.com/

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