Cadmium dans l’alimentation : le bio limite-t-il les risques ?
Par Sarah Le mardi 3 novembre 2026

Depuis le début de l'année, le cadmium fait la une des médias… et de notre boîte mail : à juste titre, des dizaines d’entre vous nous ont contactés à ce sujet. Pâtes, flocons d'avoine, chocolat noir : faut-il arrêter d’en consommer ? Consommer bio protège-t-il du cadmium ? On vous apporte des réponses concrètes dans cet article, en vous partageant les résultats des analyses menées sur nos produits.
Le cadmium, qu'est-ce que c'est, et pourquoi est-ce nocif ?
Un métal lourd qui présente des risques pour la santé humaine
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les roches et les sols. Le problème, c'est que les activités humaines en ont fortement augmenté la quantité dans les terres agricoles, en particulier via les engrais phosphatés minéraux, fabriqués à partir de roches qui en contiennent naturellement.
Selon l'Anses, les fertilisants agricoles représentent 80% des apports de cadmium dans les sols agricoles français (dont plus de la moitié imputable aux engrais phosphatés minéraux).
La répartition des apports en cadmium dans les sols selon l'ANSES :
- Engrais minéraux phosphatés : ~55 %
- Effluents d'élevage (lisiers, fumiers) : ~25 %
- Composts et boues d'épuration : ~5 %
Problème : Une fois dans le sol, il est absorbé par les racines des plantes et se retrouve dans nos assiettes.
Résultat : chez les non-fumeurs, l'alimentation représente environ 98% de l'exposition au cadmium.
Le cadmium est classé cancérogène certain pour l'humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Une exposition chronique peut abîmer les reins et fragiliser les os, et des liens sont suspectés avec plusieurs cancers (pancréas, vessie, prostate, sein, entre autres).
Sa particularité, c'est qu'il s'accumule : notre organisme met 10 à 30 ans pour en éliminer la moitié. Ce qui pose problème, ce sont donc moins les pics ponctuels que les petites doses répétées, jour après jour, pendant des années.
Bon à savoir : l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a fixé une dose hebdomadaire tolérable (DHT) de 2,5 µg de cadmium par kilo de poids corporel. En dessous, aucun risque n'est établi. Au-dessus, le risque augmente progressivement avec la dose cumulée.
Quels aliments contiennent le plus de cadmium ?
Certains aliments concentrent naturellement le cadmium : crustacés et coquillages, abats, chocolat noir, épinards, champignons ou encore graines de lin. Pourtant, ce ne sont pas eux qui pèsent le plus dans notre exposition.
Les premiers contributeurs sont les aliments du quotidien : pain, pâtes, céréales du petit-déjeuner, biscuits et pommes de terre. Ils ne sont pas particulièrement plus contaminés, on en mange simplement beaucoup, et tous les jours !
Le cadmium, un problème bien français ?
Les Français plus exposés que leurs voisins
L’étude Esteban de Santé publique France a mesuré le cadmium dans les urines entre 2014 et 2016, pour évaluer la quantité de cadmium stockée dans l’organisme au fil des années. 47% des adultes de 18 à 60 ans dépassaient la valeur de référence fixée par l’Anses (soit 0,5µg de cadmium par gramme de créatinine dans les urines). Les niveaux français sont 3 à 4 fois plus élevés que ceux observés ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.
Concernant la quantité de cadmium que nous avalons chaque jour, moins de 2% des adultes dépassent à la dose quotidienne jugée tolérable. En revanche, c’est le cas d’environ 1 enfant sur 4, en particulier à cause des céréales du petit-déjeuner, des biscuits et des viennoiseries. Selon la modélisation de l’Anses, la totalité des enfants de 2 à 3 ans dépasseraient même la valeur repère urinaire fixée pour leur âge.
En résumé : le cadmium s’élimine très lentement et reste dans l’organisme pendant des décennies. Le dosage urinaire additionne des années d’exposition, par l’alimentation et par le tabac. Un adulte peut donc avoir accumulé plus de cadmium que le seuil tolérable, tout en en avalant aujourd’hui une quantité jugée acceptable. Mais les enfants sont ceux que leur alimentation expose le plus. C’est pour eux que réduire le cadmium dans l’assiette est le plus urgent.
La faute aux engrais phosphatés
Pourquoi la France ? Pendant des décennies, l'agriculture française a eu massivement recours à des engrais phosphatés riches en cadmium. Et la réglementation y a longtemps été moins stricte qu'ailleurs : jusqu’à présent, les engrais vendus sous norme française pouvaient encore contenir jusqu'à 90 mg de cadmium par kilo de P₂O₅ (l'unité qui mesure le phosphore dans les engrais), contre 60 mg/kg pour les engrais aux normes européennes et 20 mg/kg dans certains pays, comme la Hongrie.
Le 2 octobre, le gouvernement a abaissé ce seuil à 60 mg/kg au 1er janvier 2027 et annoncé une baisse à 20 mg/kg d’ici 2030, comme recommandé par l'Anses. Le cadmium déjà présent dans les sols, lui, y restera encore longtemps.
Mais le cadmium n'est pas qu'une affaire d'engrais : la nature des sols compte aussi. Les sols volcaniques d'Amérique latine sont naturellement riches en cadmium. C'est pour cela que le cacao qui y pousse en contient souvent davantage que le cacao africain, quel que soit son mode de culture.
Consommer bio pour limiter son exposition au cadmium : vrai ou faux ?
Selon plusieurs études, le bio contient en moyenne moitié moins de cadmium que le conventionnel
C'est LA question que vous nous posez le plus souvent. Et la bonne nouvelle, c’est que l'agriculture biologique interdit les engrais phosphatés de synthèse, principale source d'apport de cadmium dans les sols : selon l’Anses, les engrais phosphatés de synthèse, interdits en bio, représentent environ 55% du cadmium apporté aux sols français. Les agriculteurs et agricultrices bio privilégient les fertilisants organiques comme le fumier ou le compost, qui ont tendance à retenir le cadmium dans le sol et à limiter son absorption par les plantes.
Les études vont dans ce sens. Une méta-analyse de référence publiée en 2014 dans le British Journal of Nutrition, qui compile plus de 300 études, a montré que les cultures bio contiennent en moyenne 48% de cadmium en moins que les cultures conventionnelles. Un chiffre à manier avec précaution, car il s’agit d’une moyenne internationale et non focalisée sur la France.
Le “zéro cadmium” n’existe pas (encore)
Le bio ne fait pas de miracle pour autant. Une parcelle cultivée en conventionnel pendant trente ans garde la mémoire des engrais qui y ont été épandus, même après sa conversion. Et la géologie ne connaît pas les labels : un cacao bio cultivé sur un sol volcanique contiendra lui aussi du cadmium.
Les enquêtes récentes montrent en tout cas qu'aucun mode de production n'échappe complètement au cadmium : au printemps 2026, 60 Millions de consommateurs a retrouvé du cadmium dans toutes les marques de flocons d'avoine testées, bio comme conventionnelles.
A retenir : le bio limite les nouveaux apports de cadmium dans les sols et en réduit, en moyenne, la présence dans les cultures. Mais bio ne veut pas dire zéro cadmium. C'est pour ça qu'à La Fourche, on a décidé de mesurer les niveaux de cadmium dans nos produits. Une démarche coûteuse en temps et en ressources, mais importante pour vous garantir la transparence qui nous est chère.
Nos engagements à La Fourche
Interroger nos fournisseurs
Au printemps 2026, notre équipe Qualité a lancé une grande enquête auprès de nos fournisseurs de céréales, pâtes, farines et chocolat : plans de contrôle, fréquence des analyses, résultats obtenus… Au total, nous avons compilé plus de 400 analyses réalisées entre 2021 et 2026, sur près d'une centaine de références et auprès de 15 fournisseurs.
Partager les résultats
La bonne nouvelle d'abord : tous les résultats sont conformes aux teneurs maximales fixées par la réglementation européenne. Et la grande majorité se situe très en-dessous.
Nos résultats
Teneur moyenne en cadmium mesurée par nos fournisseurs, comparée à la limite fixée par la réglementation européenne pour chaque famille de produits. Les teneurs sont exprimées en milligrammes de cadmium par kilo de produit (mg/kg).
- Céréales, flocons, mueslis, farines, pâtes et biscuits : 0,026 mg/kg en moyenne, pour une limite de 0,10 mg/kg. Soit près de 4 fois moins que la limite (334 analyses).
- Chocolat noir (au moins 50% de cacao) : 0,18 mg/kg en moyenne, pour une limite de 0,80 mg/kg. Soit plus de 4 fois moins que la limite (60 analyses).
- Chocolat entre 30 et 50% de cacao : 0,043 mg/kg en moyenne, pour une limite de 0,30 mg/kg. Soit 7 fois moins que la limite (16 analyses).
- Aliments pour bébé (céréales, pâtes, semoules) : 0,005 mg/kg, pour une limite de 0,04 mg/kg. Soit 8 fois moins que la limite (1 analyse).
- Blé dur et semoule de blé dur : teneurs trop faibles pour être quantifiées par les laboratoires sur les 3 analyses réalisées (limite : 0,18 mg/kg).
- Flocons d’avoine : les dernières analyses de notre fournisseur Celnat (avril et mai 2026) se situent entre 3 et 6 fois sous la limite.
Comment lire ces chiffres : la moyenne est calculée uniquement sur les analyses où le cadmium a pu être quantifié. Les résultats trop faibles pour être mesurés n’y sont pas inclus, ce qui la rend plutôt prudente : la moyenne réelle est probablement un peu plus basse.
Rester vigilants
La transparence, c'est aussi vous parler des produits sur lesquels on garde l'œil. Deux familles ont des taux légèrement plus élevés que les autres, tout en restant conformes et bien en-dessous des seuils :
- La farine de sarrasin (blé noir) : en moyenne 63% de la limite sur les analyses réalisées depuis 2021, avec une nette amélioration sur les derniers résultats. Nous la suivons de près avec notre fournisseur.
- Les graines de lin : entre 30 et 50% de la limite selon les fournisseurs et les lots. Rien d'anormal ici : le lin accumule naturellement le cadmium, c'est d'ailleurs pour cela que la réglementation lui fixe un seuil spécifique (0,50 mg/kg).
La prochaine étape : vers un taux de cadmium documenté
Être conforme, c'est le minimum. Notre objectif est d'aller plus loin et de pouvoir vous donner une information précise, produit par produit. Cette solution se heurte à de nombreuses complexités : traçabilité par lot, coût des tests, etc. Nous travaillons avec des fournisseurs pilotes sur une démarche de contrôle de plus en plus exigeante.
On l’a expliqué, le « zéro cadmium » n'existe pas : ce que l'on veut pouvoir afficher, c'est un taux contrôlé et documenté. On vous tiendra informé-es de l'avancée du projet. En attendant, concrètement, nous continuons d’assurer un suivi et une surveillance via les analyses demandées aux fournisseurs et notre plan de contrôle interne, qui couvre certaines références.
Vos questions, nos réponses
Chocolat : faut-il garder le cacao d'Amérique latine ?
Vous êtes plusieurs à nous avoir demandé pourquoi ne pas simplement arrêter le cacao latino-américain. D'abord parce que nos résultats restent sous les limites, même pour les matières premières les plus chargées : sur un analyse qui date de printemps 2026, on a pu constater qu’une masse de cacao 100% Pérou atteint 45% du seuil réglementaire.
Ensuite parce que le chocolat se consomme en petites quantités, ce qui rend marginale l’exposition au cadmium via le chocolat.
Aujourd’hui, plus de 200 000 familles de petits producteurs vivent du cacao, rien qu'en Équateur et au Pérou. Notre choix : diversifier les origines et surveiller systématiquement, plutôt que d'exclure toute une région.
Faut-il arrêter de manger des pâtes, du pain ou des céréales ?
Non. Ces aliments restent la base d'une alimentation équilibrée. La principale recommandation de l'Anses est de diversifier son alimentation, pour qu'aucun aliment ne pèse trop lourd dans son exposition.
Les pâtes italiennes contiennent-elles moins de cadmium que les pâtes françaises ?
Pas forcément. Ce qui compte, c'est le sol sur lequel le blé dur a poussé, bien plus que le pays inscrit sur le paquet. Des pâtes fabriquées en Italie peuvent très bien être faites avec du blé dur cultivé ailleurs, et les teneurs varient d'un bassin de production à l'autre, y compris à l'intérieur d'un même pays. Le blé dur a aussi tendance à capter davantage le cadmium que le blé tendre : la réglementation lui fixe d'ailleurs une limite spécifique (0,18 mg/kg).
Sur les pâtes que nous avons analysées au printemps 2026, quelle que soit leur origine, tous les résultats sont conformes : entre 8 et 14% de la limite réglementaire quand le cadmium a pu être mesuré, et des teneurs trop faibles pour être quantifiées sur plusieurs lots. Plutôt que de nous fier à l'origine affichée, nous misons sur le choix de nos fournisseurs et sur les analyses.
Comment limiter son exposition au cadmium ?
- Variez les aliments et leurs origines, en particulier pour les produits céréaliers.
- Alternez céréales et légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots…) comme sources de féculents.
- Variez le petit-déjeuner des enfants, plutôt que des céréales tous les matins.
- Limitez les abats, qui concentrent le cadmium.
- Arrêtez le tabac : chez les fumeurs, il peut représenter jusqu'à 43 % de l'exposition au cadmium.
Le bio protège-t-il du cadmium ?
En partie. En interdisant les engrais phosphatés de synthèse, le bio limite les nouveaux apports dans les sols, et selon certaines analyses, les cultures bio contiennent en moyenne 48% de cadmium en moins. Mais il ne gomme pas la pollution déjà présente dans les sols ni la géologie naturelle de certaines régions.
J'ai un problème de santé, dois-je être plus vigilant-e sur mon exposition au cadmium ?
Pour toute question liée à votre situation personnelle, le mieux est d'en parler à un professionnel ou une professionnelle de santé. De notre côté, nous pouvons vous partager les résultats d'analyses disponibles sur nos produits.
Comment savoir si un produit La Fourche en particulier est concerné ?
Écrivez à notre service adhérent-es : on vous transmet les informations dont on dispose sur le produit qui vous intéresse.
Sources
- Anses, expertise sur le cadmium (mars 2026)
- Santé publique France, étude Esteban 2014-2016 : exposition de la population française au cadmium
- Sante.fr, Cadmium et alimentation : démêler le vrai du faux
- Ministère de l'Agriculture, consultation publique sur la teneur maximale en cadmium des matières fertilisantes
- Règlement (UE) 2023/915 sur les teneurs maximales en contaminants (EUR-Lex)
- Barański et al., British Journal of Nutrition, 2014
- Suivi cadmium fournisseurs La Fourche, 2021-2026 (données internes)